L’image photographique : une médiation particulière pour accéder à la subjectivité
Contrairement au dessin ou à la peinture, la photographie possède une double nature : mécanique (enregistrement du réel) et projective (interprétation subjective). Roland Barthes, dans La Chambre claire, affirme : « La photo est un certificat de présence ». En art-thérapie, cela signifie qu’elle capte l’instant, fige une émotion, un détail, un lieu, sur lequel le sujet peut ensuite revenir, examiner, déconstruire.
La photographie structure ainsi l’expérience sur plusieurs plans :
- Extériorisation : photographier ou choisir une photographie permet de dégager une émotion ou un souvenir « hors soi », en laissant une trace visible et manipulable.
- Mise à distance : le support mécanique ménage parfois un espace sécurisant entre soi et l’objet de la souffrance. Manipuler la photo, la détourner, la recadrer, c’est aussi « recadrer » son vécu.
- Projection et symbolisation : la rêverie autour de l’image, sa narration, tout cela permet de jouer avec le visible comme avec l’invisible, de révéler l’inconscient (cf. travaux de Serge Tisseron).
- Circularité non verbale–verbale : la photo ouvre une médiation « entre deux » : du langage plastique au langage parlé, offrant une possibilité d’ancrer et de mettre en mots, à son rythme.
Plusieurs études soulignent cette puissance de symbolisation : un essai clinique mené à Toronto auprès de 80 patients souffrant de troubles anxiodépressifs (Journal of Creativity in Mental Health, 2018) montre que l’utilisation du photolangage* favorise la verbalisation de souvenirs enfouis dans 65 % des cas.