Quelles philosophies cliniques ? Divergences fondamentales
Au-delà du calendrier, ce sont les philosophies du soin et la place du sujet qui séparent les courants européens et américains.
Approche américaine : efficacité, science et norme
- Centration sur le “client” : héritage du counseling et de la psychologie humaniste. L’art-thérapeute est un professionnel accrédité qui s’appuie sur des grilles d’évaluation standardisées (ex : GAF score).
- Recherche d’évidence : depuis les années 2000, l’accent est mis sur la recherche clinique fondée sur la preuve (Evidence-Based Practice), transformant l’art-thérapie en une “allied health profession” pouvant dialoguer avec les assurances et le système hospitalier.
- Orientation vers l’efficacité : la question de “ce qui marche” prime, avec de nombreux protocoles (art-thérapie pour le stress post-traumatique, l’autisme, le vieillissement, etc.).
Exemple significatif : la Veterans Health Administration est l’un des principaux employeurs d’art-thérapeutes aux États-Unis, avec des programmes créés pour répondre à des impératifs de santé publique (notamment pour le PTSD). (Source : AATA)
Approche européenne : singularité, symbolisation, engagement existentiel
- Centration sur le sujet et ses processus : la notion de “patient” reste centrale ; l’art-thérapeute accompagne un trajet singulier, souvent envisagé comme irréductible à des critères normatifs.
- Ancrage psychanalytique : en France, en Belgique, en Suisse, l’art-thérapie dialogue avec la psychanalyse, la phénoménologie, la philosophie du sujet (Foucault, Winnicott, Anzieu…).
- Pluralité des pratiques : on observe une grande diversité d’écoles : art-thérapie analytique, médiation artistique, dramathérapie, musicothérapie, etc.
Anecdote révélatrice : lors du Congrès Européen d’Art-Thérapie à Paris en 2016, différents intervenants insistaient sur le processus plus que sur le résultat, quitte à revendiquer une certaine “inefficacité productive” : les effets ne sont pas toujours mesurables, et c’est parfois là que le soin opère.