Collage et populations spécifiques : expériences de terrain
Enfants et adolescents : entre jeu, apprentissage et limites
Le collage séduit souvent les plus jeunes (par sa dimension ludique et son esthétique graphique), mais il pose aussi des défis inattendus :
- Chez les enfants avec troubles de l’attention, le morcellement des tâches et le passage rapide d’une image à l’autre peuvent amplifier l’inattention ou la désorganisation.
- À l’inverse, certains jeunes avec TSA (troubles du spectre autistique) trouvent dans la structuration visuelle du collage une sécurité, à condition que l’atelier soit ritualisé, le matériel limité et les consignes claires.
Dans des dramathèques de secteur pédopsychiatrique (CHU Rennes, 2021), il a été observé que le collage thématique (construction d’un « monde imaginaire », d’une famille, d’un abri) favorisait la projection symbolique, sous réserve d’un accompagnement du thérapeute pour aider à passer de l’assemblage graphique à l’élaboration verbale ou narrative.
Publics âgés et neurodégénérescence : relier et préserver
La littérature (Roux et al., 2016) souligne la pertinence du collage auprès des personnes âgées, notamment en EHPAD ; il facilite la (re)mobilisation d’une mémoire visuelle et affective, et permet de contourner les limites du langage dans les pathologies d’Alzheimer. L’expérience rapportée au sein du réseau « Art et Vieillissement » (2020) note une diminution de 23 % des scores d’anxiété chez des patients impliqués en atelier collage sur six semaines. L’absence de nécessité d’un dessin complexe permet en effet la participation de personnes souffrant de troubles praxiques ou moteurs.
Précaution : les images convoquées (photos d’enfance, paysages, visages) peuvent cependant réactiver des souvenirs douloureux ou sentiment d’irreversibilité émotionnelle. Il s’agit de co-construire le choix des supports, offrir la possibilité de parler du souvenir, ou non.
Personnes en situation de handicap physique ou cognitif
- Le collage adapte le geste : pas besoin de finesse motrice extrême, on peut coller à pleine main, sélectionner avec ou sans ciseaux. D’où son intérêt en rééducation, situations post-AVC, polyhandicap.
- Cela suppose de penser à l’accessibilité du matériel, au format de papier, à la possibilité de soutien technique par une tierce personne (ergothérapeute, aide soignant).