Ouvrir des champs : pourquoi conjuguer plusieurs médiations artistiques ?
L’art-thérapie contemporaine n’est plus l’apanage d’une seule discipline : les ateliers se multiplient où la peinture dialogue avec la musique, où l’écriture s’invite au cœur du modelage, où le corps trace dans l’espace, ponctué de mots, de lignes et de couleurs. Cette hybridation n’est pas simple effet de mode : elle répond profondément à la diversité des besoins des patients, à la complexité du psychisme et aux limites de chaque medium.
Il a été montré que la diversité des outils en art-thérapie favorise l’accès à différentes strates de la vie psychique. Des travaux anglo-saxons (Moon, 2009 ; Malchiodi, 2012) soulignent que pour des sujets souffrant de troubles sévères de la communication (troubles psychotiques, autisme, états de dissociation post-traumatique), la possibilité de passer d’un langage à l’autre – du geste plastique au son, du mouvement aux mots – fluidifie l’expression et l’intelligibilité des vécus internes. L’alternance ou la combinaison des médias favorise la symbolisation là où l’unique medium pouvait rester impuissant face à certains verrous psychiques.
Dans une enquête de l’Afratapem (2018), 72 % des art-thérapeutes français interrogés déclaraient utiliser, dans la même séquence de soin, au moins deux médiums artistiques. Plus qu’une tendance, il s’agit d’une réponse clinique à la variation des besoins expressifs et à la nécessité de détourner, contourner ou franchir certains obstacles. Penser l’articulation des médiations devient ainsi le cœur de nombreux dispositifs thérapeutiques.