Des modalités diverses d’intégration : panorama des pratiques
La co-thérapie, ou comment faire dialoguer les disciplines
Dans de nombreux établissements (hôpitaux de jour, CMP, structures pour enfants ou adolescents), la co-thérapie s’est imposée comme un modèle fécond. Deux professionnels — souvent un art-thérapeute et un psychologue, parfois un éducateur ou une psychomotricienne — animent ensemble la séance. Cette double présence permet d’enrichir la lecture clinique : l’un observe la dynamique relationnelle, l’autre accompagne le geste, la matière.
- Exemple rencontré en pédopsychiatrie : une co-animation art-thérapeute/psychomotricien, où le modelage de l’argile devient terrain d’exploration des limites corporelles et psychiques.
- En institution pour adultes psychotiques : la co-thérapie aide à éviter les passages à l’acte grâce à une sécurisation du cadre et une multiplication des regards cliniques.
La concertation pluridisciplinaire : nourrir la réflexion et ajuster le projet de soin
Dans la majorité des dispositifs, les art-thérapeutes participent aux réunions cliniques pluridisciplinaires. Ce lieu d’échanges permet de croiser les observations issues du travail de chaque discipline. La parole de l’art-thérapeute vient complexifier, nuancer, parfois éclairer ce qui se joue — par exemple, la transformation progressive de la thématique picturale d’un patient dépressif, qui peut être corrélée aux fluctuations de son état clinique (L. Marin, Revue Santé Mentale, 2019).
| Dispositif |
Rôle de l’art-thérapeute |
Bénéfices pour le patient |
| Hôpital de jour |
Animation d’atelier, observation clinique, restitution en équipe |
Coordination, vision holistique du patient |
| Centre médico-psychologique |
Suivi individuel, co-construction du projet thérapeutique |
Prise en compte de la parole, de l’œuvre, de la dynamique familiale |
| Unité de soins précoces autisme |
Médiation non verbale, soutien à la symbolisation |
Mobilisation de nouvelles compétences, accès indirect au monde relationnel |
Passerelles et relais : la notion de parcours
L’art-thérapie intervient rarement en isolation totale. Elle s’articule avec les autres traitements médicamenteux, psychothérapies verbales ou dispositifs éducatifs. La logique de parcours prime : il s’agit d’ajuster la temporalité, l’intensité des séances, d’anticiper les relais, d’éviter la discontinuité, facteur aggravant en psychiatrie (Rapport IGAS, 2017). La création de « synthèses de soins » ou « réunions de synthèse » participe à ce travail de maillage.
- Un adulte hospitalisé peut, après une phase de crise, s’ouvrir peu à peu à des groupes d’art-thérapie, avant de rejoindre la psychothérapie individuelle plus tard. Ce relais s’opère par évaluation partagée, co-écriture du projet thérapeutique.
- Chez les enfants, l’art-thérapie s’intègre souvent dans un « bouquet » d’ateliers médiatisés (conte, musique, théâtre…), chaque médiation soutenant une dimension spécifique, selon les besoins singuliers du sujet.