Au croisement de l’art et de la folie : contexte d’un bouleversement esthétique et clinique
Dans une Allemagne du début du XXe siècle encore marquée par l’ombre de la psychiatrie asilaire, osons mesurer l’audace de Hans Prinzhorn (1886-1933) : psychiatre, philosophe et historien de l’art, il fut le premier à regarder autrement les œuvres créées par les pensionnaires des institutions psychiatriques. Avant lui, ces productions étaient le plus souvent reléguées au rang d’expressions dérisoires, symptômes picturaux d’un désordre intérieur, témoignages à archiver, non à contempler. L’époque voit pourtant l’essor de l’expressionnisme et d’une interrogation sur la frontière entre génie et folie, entre création et pathologie.
Entre 1919 et 1921, Prinzhorn travaille à la clinique psychiatrique de Heidelberg, héritant d’une collection amorcée par Emil Kraepelin. Très vite, il comprend que ces œuvres ne peuvent être réduites ni à leur valeur documentaire, ni à une simple curiosité médicale. Il va les regarder selon un double axe : clinique et esthétique. Une révolution discrète mais radicale, qui interroge le regard médico-artistique et mettra des années à porter ses fruits.