Aux origines : l’expressionnisme, un tournant de l’émotion en peinture
Quand la peinture cesse de décrire pour traduire le tumulte intérieur, une révolution s’amorce dans l’histoire de l’art : l’expressionnisme, ce mouvement qui surgit au début du XXe siècle, particulièrement en Allemagne, rompt avec la représentation objective du monde. Kandinsky affirme en 1911, dans Du spirituel dans l’art, que « l’art doit exprimer l’intériorité ». Les artistes expressionnistes jettent sur la toile des couleurs acides, des formes distordues, des visages déformés, porteurs des tempêtes psychiques de leur époque.
Edvard Munch, Egon Schiele, Ernst Ludwig Kirchner, Emil Nolde : ces noms incarnent l’avènement d’un art où l’effroi, la douleur, l’angoisse, mais aussi l’élan vital se donnent à voir sans filtre, en prise directe avec l’émotion brute. Il y a, chez ces peintres, une volonté de dire l’indicible, d’ouvrir la porte de l’atelier à la part obscure et frémissante de l’humain.
- L’expressionnisme surgit dans un contexte social et politique troublé (montée des tensions pré-guerre, urbanisation rapide, crise existentielle).
- La couleur y devient émotion. Lorsque Munch peint Le Cri (1893), il en fait un manifeste de la subjectivité angoissée.
- La forme n’est plus au service du beau mais du ressenti. Les contours se brisent, la figure s’efface parfois pour laisser place à une émotion pure, presque insupportable.
Ce renversement – donner la primauté à l’affect, au rythme intérieur – va irriguer de manière souterraine le regard que l’on portera, plus tard, sur la création dans le soin et les dispositifs thérapeutiques.