Parole et art-thérapie : héritages, mythes et évolutions
L’art-thérapie naît à la croisée de plusieurs traditions : celle de la psychothérapie verbale, où la parole soigne et analyse, et celle, plus ancienne encore, du geste créateur qui relève de l’expérience vécue, du jeu, de l’élan expressif (S. Freud : « psychopathologie de l’expression »; Aulagnier, Winnicott, D.W. Goodenough). Depuis ses origines, deux pôles se font face⸺l’image et le mot⸺avec, entre eux, toute une gamme de positions cliniques.
Dans le contexte institutionnel, la parole est souvent balisée par les habitudes collectives, la présence d’une équipe pluridisciplinaire, et, parfois, l’alternance structurée de temps d’échange et de création. En libéral, tout se joue dans le duo patient / thérapeute : chaque mot, chaque silence résonne différemment.
Au fil des décennies, le « silence prescrit » a longtemps dominé les approches classiques : on privilégiait la spontanéité du geste, craignant que les mots ne viennent « interférer » avec l’élan créatif ou en détourner le sens (voir, par exemple, les textes pionniers de l’école d’art-thérapie de Londres ou de la SFPE-AT). Aujourd’hui, ce dogme s’amenuise. Les apports de la psychodynamique, des neurosciences et des études sur la symbolisation remettent en cause une séparation stricte entre parole et création : l’expression verbale, loin d’annuler l’effet de l’œuvre, peut l’accompagner, la relancer, ou offrir un tiers lorsque l’image devient trop menaçante ou trop close (C. Garbely, 2015 ; Odile Bourguignon, 2019).