Les temps de la séance : accueil, expression, élaboration
L’art-thérapie en libéral articule trois moments, chacun porteur d’enjeux symboliques et cliniques forts.
1. Le temps d’accueil et de parole
Quelques minutes nécessaires pour se déposer : comment je me sens ? Qu’est-ce qui m’amène, aujourd’hui plus particulièrement ? Ce « petit prélude » n’a rien de systématique : pour certains, parler vient spontanément ; pour d’autres, le silence précède l’acte créatif.
- Ce moment est parfois pris par l’enfant dessinant dès l’entrée, ou par l’adulte qui préfère plonger directement dans la matière : l’art-thérapeute observe, n’impose jamais.
- Il s’agit aussi, cliniquement, d’évaluer l’état du patient, de repérer des signes éventuels de fragilisation ou de progrès.
Un exemple marquant : dans les suivis après un deuil, le temps de parole précède souvent la création, la mettant en tension, jusqu’à ce que le matériau devienne parlant là où la voix s’épuise.
2. Le temps de création
Au cœur de la séance, le travail plastique ou expressif. Ici, tout se joue sans visée esthétique ni injonction : l’important n’est pas de « faire du beau », mais de faire trace, forme, volume, taches ou silences sur la feuille.
- Médiations utilisées : Selon les ateliers, le choix est large : peinture, argile, pastels, collage, encres, installations éphémères… Parfois même, le corps, la voix, le mouvement dans un coin du cabinet.
- Accompagnement : L’art-thérapeute peut proposer, suggérer, mais c’est la liberté du patient qui prime. Ce choix a une valeur clinique : choisir (ou refuser) un matériau, c’est s’engager dans une symbolisation, même minime.
- Singularité : L’adolescent qui déchire des papiers pour coller des fragments, la personne en psychose qui tapisse la table de tâches rituelles, l’enfant qui s’invente un monde de terre cuite… Chacune de ces formes a du sens, à accueillir sans étiquettes rapides.
Des données issues de plusieurs enquêtes internationales (par exemple, British Association of Art Therapists, 2020) attestent que près de 70 % des patients expriment une réduction du niveau d’angoisse après ce passage par l’acte créatif.
3. Le temps d’élaboration et de verbalisation
Une fois terminée la phase plastique, il s’agit, sans obligation, de mettre des mots : sur le vécu, la surprise, le malaise parfois, le plaisir aussi d’avoir « fait ». Tous n’en sont pas capables ou enclins ; le thérapeute respecte. Mais ce moment éclaire, parfois, l’œuvre d’un nouveau jour, la réinsère dans un fil de vie : « Que voyez-vous ? Que ressentez-vous ? »
- La verbalisation, lorsqu’elle survient, n’impose pas d’analyse. Elle peut se borner à : « J’ai mis du bleu parce que j’avais besoin de calme. »
- Pour certains, la contemplation silencieuse de la production est déjà un acte d’intégration.
Un point souvent méconnu est l’importance du regard du thérapeute : il ne commente jamais la forme, ne « traduit » pas, n’interprète pas sauvagement. Il accueille, soutient, permet au sujet d’être au contact de sa propre création sans peur du jugement.