Vers une Articulation entre Continuité et Séparation
Risques d’un Clivage Trop Franc
Séparer absolument création et verbalisation, c’est aussi courir le risque du clivage. La parole qui vient « après » la création risque parfois de rater l’événement vivant du geste, de devenir extérieure ou interprétative. Chez certains patients, l’énonciation immédiate à la suite de l’acte plastique permet de ne pas cliver, de garder la trace chaude du vécu, d’en préserver la force. Cette nuance est essentielle auprès d’enfants, d’adolescents ou de personnes vivant avec des troubles psychotiques, où la frontière entre dedans et dehors, fantasme et réalité, est déjà fragile.
- Un espace unique peut favoriser l’imbrication du geste et de la parole, rendant le passage du faire au dire plus fluide (Barone, 2010).
- Mais il requiert une vigilance extrême dans le cadre : position du thérapeute, gestion du temps, attention portée aux traces de la création (nettoyage, distance au matériel).
Continuité pour Certains, Distinction Nécessaire pour D’autres
La spécificité du public doit aussi guider le choix. Pour des personnes traumatisées, pour qui la confusion des espaces peut réactiver des vécus d’intrusion, la démarcation claire limite l’angoisse, rend les transitions perceptibles, sécurisantes. À l’inverse, pour des personnes dans une logique exploratoire ou en demande de lâcher-prise, la fluidité entre espaces stimule la créativité et engage le lien au thérapeute de façon plus souple.
Il reste donc essentiel d’éviter les réponses trop normatives. L’espace, en art-thérapie, doit rester vivant, adaptable, en dialogue avec ceux qui le traversent.