Tour d’horizon : les médiations artistiques les plus porteuses
Peinture et dessin : l’épreuve de la trace
La peinture demeure une valeur sûre en art-thérapie adulte, mais elle exige ajustements et vigilance. Loin de se réduire à la « peinture libre », elle est souvent balisée : limitation du format, cadre temporel, choix d’outils adaptés (pinceaux larges, rouleaux). Car le passage à l’acte, l’excès d’expressivité (« débordement sur la feuille », effacement compulsif de la production) sont des signes fréquents en pathologie psychique (P. Fustier, L’atelier du non-agir).
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Dessiner/peindre pour restaurer la continuité : Le geste graphique relie passé (trace) et présent (acte), notamment pour les personnes présentant des troubles dissociatifs ou des vécus de morcellement corporel.
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Jouer sur la couleur, la forme : La restriction à deux couleurs, ou l’utilisation du monochrome, peuvent contenir l’angoisse de confusion.
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Oser la figuration ou l’abstraction : Certains patients projettent plus facilement dans l’abstrait, d’autres, au contraire, cherchent dans la figuration un ancrage rassurant.
Un chiffre observé dans les ateliers d’art-thérapie en structures psychiatriques : près de 70 % des participants adultes préfèrent commencer par le dessin au crayon ou pastel, avant de passer à la peinture, considérée plus engageante (Source : Baromètre art-thérapie Caisse Nationale de Solidarité pour l’Autonomie, 2019).
L’argile et la terre : médiations de l’enveloppement et de la transformation
La manipulation de la terre permet de travailler l’enracinement, la contenance des tensions, le rapport à l’origine. L’argile apporte sa capacité d’accueil et de transformation, mais aussi son potentiel régressif, qui peut être source d’angoisse ou, a contrario, d’apaisement.
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Toucher une matière malléable : Dans les pathologies psychotiques, l’argile favorise la réunion des parties du corps, la lutte contre l’angoisse de morcellement (cf. Corcos, Corps, psyché et création).
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Travail de la forme pleine vs vide : Le modelage permet d’expérimenter la possibilité de contenir ou de remplir, métaphore de la consolidation du Moi.
Dans certaines unités de vie, l’atelier terre est proposé sur des temps courts (20 à 40 minutes), pour limiter le passage à l’acte et permettre un retour en sécurité. Environ 40 % des patients suivis en CMP ont déjà expérimenté ce type de médiation (Source : ONED, 2020).
Collage, assemblage, récup’ : la médiation du puzzle
Assembler des fragments, choisir, organiser, détourner des matériaux ordinaires… Le collage et l’assemblage conviennent parfaitement aux sujets présentant un retrait ou un déficit d’initiative. La distance sensorielle (pas de contact immédiat avec la matière comme l’argile) contourne l’angoisse de contact, permettant d’exister dans l’exploration sans excès de mise à nu.
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Prévoir des consignes cadrées (support, temps, thème) pour éviter la sidération devant la multiplicité des choix.
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Utilisation d’images porteuses de sens : Revues, journaux, éléments de la vie quotidienne facilitent l’ancrage dans le réel ou l’élaboration de récits personnels.
Ce support est particulièrement adapté à la reprise de confiance et à la valorisation de l’identité narrative. Sa simplicité matérielle le rend accessible en contexte de précarité, ou lors d’atelier en groupes hétérogènes.
Photographie et vidéo : l’art du regard
L’avènement du smartphone et des appareils numériques a renouvelé l’approche de la photographie en art-thérapie. Elle offre la distance de la médiation technologique, et la possibilité de travailler le regard porté sur soi, sur l’autre, sur le monde.
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Le photo-langage : Prendre ou choisir des images, puis mettre en mots ce qu’elles évoquent, favorise la reconnaissance et la mise à distance des émotions. (J.-L. Missika, La Photo-médiation).
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Autoportrait, mise en scène : Les dispositifs incluant la présentation du corps, même détournée, permettent de travailler la représentation de soi, la réappropriation du corps vécu.
Cette médiation a pris une place croissante dans des programmes de remédiation cognitive : intégrer l’image, penser sa place dans le cadre, travailler le « voir/être vu ». L'usage, de plus en plus répandu, a permis à certains établissements d’observer une diminution de l’auto-stigmatisation et une amélioration de l’estime de soi (étude INSERM, 2021 : Art-thérapie et handicap psychique).
Soutenir la mise en mouvement : théâtre, Marionnettes, danse
Les médiations corporelles (théâtre, mime, danse-thérapie, marionnettes) représentent un axe majeur dans le travail avec des adultes en situation de handicap psychique. Elles mobilisent le corps, le souffle, l’espace, mais aussi le groupe : elles sont souvent proposées en atelier collectif.
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Le théâtre comme laboratoire du « comme si » : Explorer différents rôles, mettre à distance l’identité figée par la psychopathologie, ouvrir un espace pour le jeu, la surprise (Tisseron, Le psy, le malade et le théâtre).
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La marionnette propose une tierce personne, un double symbolique moins menaçant.
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La danse ou le mouvement dirigé reconnectent à la vitalité du corps, parfois anesthésié par la maladie ou la médication.
Ces médiations supposent une grande vigilance face au risque d’intrusion corporelle ou de débordement émotionnel. Cependant, dans les établissements mettant en place des ateliers de théâtre hebdomadaire, le taux de maintien dans l’activité à 6 mois dépasse souvent les 75 %, signe d’appropriation et de plaisir partagé (Source : Fédération Française de Psychiatrie Communautaire, 2017).