Vers une « mémoire créative » : et si inventer aidait aussi à se souvenir ?
Une idée fait son chemin dans la littérature spécialisée : la mémoire et la créativité ne s’opposent pas, elles se nourrissent l’une l’autre. En inventant, l’esprit mobilise des fragments stockés dans la mémoire, les assemble autrement, les réactive sans s’en rendre compte.
Le psychiatre et chercheur Eric Kandel, Prix Nobel de Médecine, avance que la création artistique permet d’explorer la plasticité cérébrale, facilitant la création de nouveaux chemins neuronaux là où les anciens sont fragilisés (“The Age of Insight”, 2012). Ce phénomène, appelé « neurogenèse adaptative », explique pourquoi des personnes très âgées, privées de repères temporels, parviennent parfois à produire une œuvre innovante, surprenante pour leur entourage mais fidèle à une dynamique intérieure préservée.
Dans ce paradigme, la création ne sert pas seulement à « fixer » ou à « revivre » des souvenirs : elle permet de transformer les traces mnésiques, de les investir autrement, d’élaborer. Ainsi, l’art-thérapie n’a pas seulement un effet de rappel, elle ouvre des horizons nouveaux au sein même de la mémoire.