Une temporalité singulière : l’atelier comme parenthèse
L’art-thérapie s’inscrit dans le temps long, la répétition, l’itération. Cet aspect est souvent sous-estimé, mais c’est la régularité des ateliers qui permet aux processus de symbolisation de s’installer. La mémoire traumatique ou défaillante n’est pas “réparée” ; elle est accueillie dans un cadre où elle peut se rejouer, se métamorphoser, parfois s’apaiser.
Anecdote clinique : lors d’un cycle d’ateliers en institution, observé par Anne M. Lapierre (Revue francophone de Gériatrie, 2021), un groupe de cinq nonagénaires a peu à peu créé, semaine après semaine, une fresque collective. Certaines séances étaient muettes, d’autres traversées de rires ou de silences chargés. Au fil du temps, les participants ont nommé des souvenirs, reconnu des couleurs familières (“le bleu de mon enfance”), réinscrit leur nom sur le support. L’identité se recompose alors, non pas dans la performance, mais dans la continuité retrouvée, goutte à goutte.