Approches cliniques : quand l’informe devient expression
Plusieurs études cliniques illustrent l’impact de l’art-thérapie sur la communication non verbale en institution. On peut se référer, par exemple, aux travaux de B. Soubieux (Art-thérapie et institutions, 2011) et aux analyses menées par le Centre Ressource Autisme Rhône-Alpes (2021). Dans une UHR (unité d'hébergement renforcé), l’introduction d’ateliers artistiques a permis à 78 % des résidents non ou peu verbaux de manifester une augmentation des interactions gestuelles et oculaires lors des échanges collectifs (source : CRA Rhône-Alpes).
Une observation fréquente : au fil des séances, ceux qui paraissaient absents commencent à tendre un crayon à leur voisin, à montrer un dessin à un professionnel, à quitter leur place pour regarder ce que crée le groupe. Ici, la transmission ne passe pas par les mots, mais par l’offrande d’un geste, d’un objet, d’une attention. Certains psychologues parlent de « mise en circulation » du désir et du regard : ce n’est plus l’immobilisme ou le repli, c’est l’envie de partager une sensation, fut-elle confuse.
Étude de cas – Les mains qui parlent
Dans un foyer accueillant de jeunes adultes présentant une déficience intellectuelle sévère, l’arrivée d’un atelier hebdomadaire de modelage a bouleversé les routines. Amandine, réputée « fermée au dialogue », a d’abord pétri frénétiquement l’argile, détruisant chaque ébauche. Puis, peu à peu, ses gestes se sont régularisés. Un matin, elle tend à une éducatrice une petite forme torturée, la serre dans ses mains, la lui reprend. Cette séquence, filmée avec l’accord des familles, montre comment l’objet façonné devient lui-même médium d’un échange, rendant visible une demande – celle d’être vue, d’être rejointe, sans les mots.