Les contours fragiles de l’estime de soi au grand âge
La vieillesse n’est pas une catégorie homogène, ni un naufrage programmé. Pourtant, des enjeux d’image de soi y émergent, articulés à la transformation du corps, au regard social, à l’effritement parfois des repères existentiels. Selon le rapport Vivre et vieillir ensemble (Ministère des Solidarités et de la Santé, 2019), près d’un tiers des plus de 75 ans en France se disent touchés par un sentiment de solitude prolongée, et 20 % évoquent un sentiment d’inutilité. Si l’on entend par estime de soi cette valeur intime que chacun attribue à sa propre existence, la fragilité devient palpable, accrue par les pertes (sociales, physiques, fonctionnelles) inhérentes à l’avancée en âge.
Dans ce contexte, l’estime de soi agit comme un socle invisible, déterminant la façon dont l’individu se vit et se projette, en dépit des stigmates du temps. Favoriser ce socle requiert des voies alternatives à la seule parole, souvent mise à mal dans le champ du très grand âge, de la maladie neurodégénérative, des parcours de vie heurtés.