Quelles assurances sont obligatoires pour l’art-thérapeute libéral en France ?
Le statut juridique des art-thérapeutes libéraux, qui ne sont pas des professions réglementées au sens strict (comme les médecins, psychologues ou infirmiers), pourrait faire croire à un allègement des contraintes. Il n’en est rien : plusieurs assurances s’imposent, notamment par analogie avec les professions de soins ou de médiation.
La Responsabilité Civile Professionnelle (RC Pro) : désormais incontournable
La Responsabilité Civile Professionnelle couvre l’art-thérapeute face aux dommages qu’il pourrait causer dans l’exercice de sa fonction : atteintes corporelles, matérielles ou immatérielles causées à un patient. Cette obligation relève de plusieurs textes juridiques, notamment du Code civil (article 1240 et suivants) qui impose la réparation de tout préjudice causé à autrui.
Depuis la loi Kouchner du 4 mars 2002 (relative aux droits des malades et à la qualité du système de santé), la RC Pro est explicitement obligatoire pour toute profession de santé et soin, mais aussi pour les professions dites « à risques ». Même si l’art-thérapie ne dispose pas d’une réglementation de santé officielle, il est désormais acquis — notamment auprès des compagnies d’assurance et organismes de formation comme la FFAT (Fédération Française des Art-Thérapeutes) — que la RC Pro est impérative pour la pratique libérale.
- Elle protège le professionnel en cas de dommages (corporels, matériels, psychologiques) causés involontairement à un patient.
- Elle prend en charge, par exemple, la réparation de préjudices consécutifs à une maladresse, une chute sur le lieu de consultation, une réaction à un solvant, une erreur dans la conduite de la séance.
- Elle couvre également les litiges thérapeutiques : accusation de manque de vigilance ayant entrainé une aggravation de la souffrance, non-assistance à personne en danger, etc.
Son absence engage la responsabilité personnelle du praticien : en cas d’accident, il devra assumer seul les indemnisations potentielles, ce qui peut représenter des sommes très importantes, voire inatteignables.
À retenir : La RC Pro n’est pas une option : tout art-thérapeute recevant du public doit pouvoir en fournir une attestation, notamment aux établissements partenaires ou aux mutuelles sollicitant le remboursement d’actes.
La Responsabilité Civile d’Exploitation (RCE)
Cette couverture, souvent intégrée au contrat RC Pro mais parfois distincte, prend en charge les dommages causés à des tiers (patients, visiteurs, prestataires) dans le cadre de l’activité non thérapeutique (par exemple, un tiers glisse sur le sol mouillé à l’entrée de l’atelier, ou est blessé par le mobilier).
- Non obligatoire, elle est cependant vivement recommandée.
- Elle évite à l’art-thérapeute d’être exposé à des poursuites pour des incidents n’ayant pas de lien direct avec l’acte thérapeutique mais survenant dans le cadre professionnel.
Assurance du local professionnel, assurance matériel
L’espace de soin et de création est un instrument de travail. Y sont entreposés : œuvres, matériels précieux, parfois équipements informatiques, dossiers confidentiels. L’art-thérapeute louant ou possédant un local doit donc impérativement souscrire à :
- Un contrat multirisque professionnel, qui protège le local contre l’incendie, le dégât des eaux, le vol, le vandalisme.
- Une garantie « perte d’exploitation » peut parfois être ajoutée, pour indemniser le professionnel en cas d’arrêt forcé (par exemple à la suite d’un sinistre majeur).
Cette assurance n’est pas légalement obligatoire si la pratique s’exerce à domicile, mais elle devient impérative si un local est loué ou partagé — de nombreuses communes ou propriétaires l’exigent d’ailleurs contractuellement, pour la sécurité collective.
Protection juridique professionnelle
Nombre d’art-thérapeutes, souvent indépendants ou travaillant seuls, sous-estiment l’importance d’une protection juridique professionnelle. Elle n’est pas obligatoire, mais s’avère précieuse :
- Elle prend en charge les frais de défense et de procédure en cas de litige lié à l’exercice (conflit avec un patient, litige avec un fournisseur, contestation d’honoraires, accusations).
- Elle assure une aide juridique et conseil en cas d’inspection des autorités, de contrôle URSSAF, etc.
Les contentieux sont rares mais leurs conséquences psychologiques et financières peuvent être majeures.