Ce que la psychose bouleverse : éclatement des repères et besoin de contenance
La psychose engage le sujet dans une expérience où l’angoisse de morcellement, la perte des frontières du moi, les troubles du temps, de l’espace et de la pensée, rendent parfois impossible ce qui paraît simple au tout-venant. Les données actuelles suggèrent que la prévalence mondiale du trouble schizophrénique est située entre 0,3 et 0,7 % (source : OMS, 2019), soit des millions de personnes confrontées à cette expérience radicale. Ces sujets, lorsque l’excitation ou le retrait extrêmes menacent, peuvent perdre pied plus violemment encore face à la « liberté » de la feuille blanche.
Freud, dès 1911 (Remarques psychanalytiques sur l’autobiographie d’un cas de paranoïa), montrait déjà que, chez le psychotique, l’effondrement vient du retrait de l’investissement sur les objets du monde. Donald W. Winnicott, quelques décennies plus tard, affine cette perspective : ce n’est pas seulement le monde qui s’éloigne, c’est l’expérience même de la continuité qui vacille (Jeu et Réalité, 1971). Sans cadre solide pour border l’expérience, l’acte créateur devient un espace où le chaos, l’envahissement, la dépersonnalisation — voire la terreur dissociante — peuvent surgir.