Adapter le dispositif : sécuriser sans figer, ouvrir sans déborder
Le cœur de l’adaptation est là : offrir une structure qui ne soit ni trop rigide (au risque de briser le désir de création), ni trop perméable (qui favoriserait l’angoisse ou la confusion). Plusieurs axes majeurs émergent de la clinique et des travaux théoriques :
1. Une évaluation initiale approfondie
Avant d’engager un processus, il est crucial d’évaluer :
- l’histoire psychiatrique du patient (hospitalisations, traitements, antécédents de passage à l’acte)
- le niveau d’organisation psychique (capacité à symboliser, à différencier la réalité des fantasmes, gestion de la frustration)
- la présence ou non d’un suivi médical (existence d’un ou plusieurs professionnels référents, notamment psychiatre, psychologue, assistante sociale)
Ces éléments guident la décision d’acceptation ou non en cabinet libéral – et, si oui, dans quelles conditions d’étayage.
2. Instaurer un protocole de coopération pluridisciplinaire
La confidentialité ne doit jamais signifier isolement thérapeutique. L’art-thérapeute s’assure d’une circulation fluide de l’information (avec l’accord du patient), notamment avec le psychiatre référent. En cas de crise, la rapidité de contact peut sauver des vies (Source : HAS, Recommandations sur le risque suicidaire, 2021).
- Demander systématiquement les coordonnées des soignants impliqués.
- Prendre l’habitude d’informer toute évolution préoccupante (repli, idées délirantes, passages à l’acte auto-agressifs).
- Inscrire l’accueil du patient dans une logique de complémentarité, et non de substitution au parcours de soin.
Les situations les plus périlleuses sont souvent celles où le thérapeute de ville reste seul face à la décompensation (Cf. Clavreul, "L’homme sans gravité", 1996).
3. Revisiter le cadre thérapeutique conventionnel
Le cabinet, espace résidentiel et intime, ne peut être confondu avec un lieu de protection d’urgence. D’où la nécessité, dans certains cas :
- d’envisager la présence (au moins les premiers temps) d’un tiers rassurant (aidant, éducateur, membre de la famille formé).
- d’installer des repères spatiaux et temporels explicites (heures fixes, début/fin ritualisés, règle de non-contact physique, etc.).
- d’effectuer un point régulier sur le vécu de la séance, par debrif verbal et/ou pictural.
Ce n’est pas céder à la peur, c’est s’ajuster à la réalité psychique du patient, qui teste constamment les limites (Winnicott, Jeu et réalité, 1971).