Tarification : enjeux cliniques, éthiques et économiques
L’argent dans la relation thérapeutique : un tiers particulier
L’argent, dans le contexte de la thérapie, est plus qu’un échange : il s’invite, s’immisce, dit quelque chose de la valeur qu’on accorde (au soin, au praticien, à soi). Il découpe le temps, scelle le contrat, protège le cadre, mais il cristallise aussi des enjeux prophanes peu analysés dans les formations en art-thérapie. Psychodynamique ou anthropologie, tous concordent : le prix, trop faible ou trop élevé, n’est jamais neutre (voir Bleger, 1990 ; Rémy Puyuelo, 2017).
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Prix trop bas : Peut susciter chez le patient une dévalorisation de la démarche thérapeutique (« Si c’est à ce prix, est-ce vraiment sérieux ou efficace ? »). Pour le thérapeute, il peut s’agir d’un évitement de la reconnaissance de sa propre légitimité, ou du désir d’être “utile” chez soi, quitte à s’épuiser.
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Prix élevé : Peut créer une barrière à l’accès, activer une culpabilité voire une rivalité vis-à-vis de la “fortune” supposée du thérapeute. Parfois, il cristallise une projection : payer “cher” serait la garantie d’un soin “exceptionnel”, ce qui surinvestit la relation et crée d’autres écueils.
L’argent agit comme tiers structurant : il pose une limite, évite que thérapeute et patient basculent dans le registre de la dette, du don ou de la charité (Mauss, 1923). Il facilite la séparation en fin de séance, institutionnalise la relation, tout en préservant un espace de liberté pour le travail psychique.
Quel cadre légal et déontologique ?
En France, l’art-thérapeute libéral exerce dans un flou réglementaire : la profession n’est pas réglementée comme celle de psychologue, mais obéit au droit commun du service à la personne. Plusieurs associations recommandent un contrat écrit précisant le tarif, la durée des séances, les modalités d’annulation (FFAT, AFRATAPEM). Les tarifs doivent être affichés et connus d’avance pour éviter tout quiproquo. Actuellement, la moyenne de la séance d’art-thérapie se situe entre 45 et 80 euros, selon la région, la spécialité, la notoriété et la nature du public (sources : FFAT, 2022).
Certaines mutuelles commencent à rembourser l’art-thérapie sous conditions (prise en charge partielle avec prescription médicale, plafonnement annuel). Cette émergence du remboursement suppose une transparence accrue dans l’affichage des tarifs et dans la délivrance de factures nominatives.