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La Société Française de Psychopathologie de l'Expression et d'Art-thérapie a pour objet l'étude pratique, théorique et la recherche concernant les apports de toutes les formes d'expression artistiques à la thérapeutique, l'éducation spécialisée , la pédagogie et la culture.


 

Art culinaire


L'art culinaire s'apparente à un tableau, une sculpture, un bouquet de saveurs subtilement associées, fruit de recherches et d'inspirations, mobilisant les souvenirs olfactifs ou réveillant les goûts de l'enfance et des premières émotions gustatives.
Les cinq sens sont sollicités lorsqu'on mange et particulièrement les modalités sensorielles archaïques : le goût associé à l'olfaction et au toucher. 

Brillat Savarin distinguait le besoin du désir : «  la satisfaction du besoin ne suffit pas à l'homme, il lui faut mettre en scène le luxe du désir » ; et «  la gastronomie est une mise en scène par laquelle l'artiste-cuisinier brûle son énergie pour l'art ». 
La cuisine trouve ses racines dans les quatre éléments : le feu pour cuire, l'eau pour purifier, l'air pour fermenter, la terre pour putréfier ou recueillir. Ces éléments contribuent à la magie de la transformation de la matière brute et de son goût avec l'outil et la main de l'homme. 

D'autre part, chaque cuisine renvoie à un code établi, un langage, des normes et des combinaisons d'éléments dans un ordre déterminé. La cuisine pose donc d'emblée des repères dans l'espace et le temps avec ses rituels nécessaires au respect d'une recette et à son identification gustative et visuelle. Le respect de ces règles qui persistent à travers les époques a une fonction structurante, de protection de l'identité et de rassemblement. 

La valeur festive et symbolique de certains plats rythme le temps en fonction de la culture d'appartenance, des produits du terroir et de la saison, véritables repères pour les papilles et la psyché. 

Cette médiation mobilise l'oralité, premier stade de l'évolution libidinale à travers lequel s'organise la première relation d'objet sur le mode manger/être mangé. L'oralité se développe à partir du vide et du plein, du plaisir et du déplaisir comme l'auto-érotisme. Elle prépare l'accès à la symbolisation par le langage. 

Se nourrir est à la fois vital et profondément intime. Nous sommes faits de ce que nous mangeons et nous assimilons les qualités inhérentes aux aliments.

Dans Totem et tabou les stades oral et cannibaliques se confondent en exprimant les différentes dimensions de l'incorporation, l'amour, la destruction et l'appropriation des qualités de l'objet. Pendant la révolution, les bourgeois consommaient des bouchées à la Reine, des lièvres à la Royale, ils cannibalisaient métaphoriquement l'aristocratie. Les goûts ont évolué à travers les époques en lien avec l'identification de l'homme à sa nourriture. Dans les années 1980 quand la modélisation du corps mince battait son plein, les plats se sont allégés faisant place à la nouvelle cuisine qui privilégiait les légumes croquants et les sauces dégraissées, les bavarois mousseux, comme si la nourriture devait traverser le corps sans s'y fixer.


- En Art-Thérapie,
 
A partir d'une palette d'ingrédients multiples, les goûts et dégoûts s'explorent laissant place à la figuration de productions éphémères et consommables, partageables grâce au processus de transformation, chimie de la matière brute vers des formes et des saveurs plus élaborées et subtiles, passant du cru au cuit, du primaire au secondaire. La reconnaissance et la remémoration de saveurs et d'arômes, de texture d'un produit, facilitent l'accès à la symbolisation à partir de sensations brutes ou d'émotions culinaires. A l'issu de chaque séance, quel qu'en soit l'objectif : avec ou sans apport technique préalable, le résultat est concret réalisé dans un déroulement structuré et jalonné de repères spatio-temporels.

L'expérience montre un effet re-narcissisant, resocialisant grâce aux interactions permanentes avec le groupe « équipe » et appui.

Patricia Klotchkoff