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La Société Française de Psychopathologie de l'Expression et d'Art-thérapie a pour objet l'étude pratique, théorique et la recherche concernant les apports de toutes les formes d'expression artistiques à la thérapeutique, l'éducation spécialisée , la pédagogie et la culture.


 

​Arts plastiques


Pascal Durand, s.d.(vers 1960), 27/21, Section du patrimoine de la SFPE
Pascal Durand, s.d.(vers 1960), 27/21, Section du patrimoine de la SFPE
- Atelier peinture/dessin
L'art-thérapie par la voie picturale ou graphique fut la première, c'est elle dont nous parlons ici. Comme toute autre, l'art-thérapie est une pratique de soins. Elle est la prise en charge par le travail plastique d'un sujet souffrant. Il s'agit de mobiliser en lui les ressources disponibles de sa créativité, mieux encore de libérer les capacités expressives qu'il ignore posséder. L'objectif est de favoriser chez le patient à travers la série de ses images la manifestation de ses vécus pathologiques et du monde imaginaire qui le possède.

Toujours tombe sur l'image clinique une ombre portée, celle du sujet souffrant. Ainsi, motivée ou distante, déshabitée ou investie, consistante ou improbable, elle offre au regard une figure questionnante, car alors semble en émaner le possible d'un sens qu'elle mime ou bien atteste. Evidence toujours problématique que l'enquête peut-être dépliera.

L'investissement du patient s'emploie à la mise à distance de ce qui l'assiège et à son éventuelle maîtrise. Il contribue ainsi à la reconstruction de son unité perdue.

L'art-thérapie est un acte de vérité. La spontanéité sans consigne de l'expression plastique permet au patient la projection authentique de son être global. Car son image se tient au carrefour de trois composantes : une constitution psychique, celle du sujet - un destin, celui de la personne - une structure formelle, celle du style.

L'art-thérapie est aussi un acte de création. Images fissurées par quoi filtrent d'autres mondes insus, des remous inédits, de neuves étincelles. Venues de la blessure mentale et la dépassant, ce sont ces formes qui nous ouvrent aux pénombres d'un fond originaire dont l'art moderne eut toujours la hantise.

Bernard Capelier
Agrégé d'Arts Plastiques
Ancien art-thérapeute au Centre d'Etude de l'Expression
(CMME - Centre Hospitalier Sainte Anne)

Annabel Romero, 2006
Annabel Romero, 2006
- Atelier Terre

Donner forme à travers le modelage, c'est faire le pari qu'une rencontre féconde avec le matériau Terre est possible: la terre est une matière vivante, mouvante, qui se charge très vite de réactions émotionnelles, éventuellement paradoxales, parcourant toute une gamme entre l'engluement désagréable, la douceur apaisante et la maîtrise victorieuse d'une forme, modifiable jusqu'au moment où elle se solidifie en s'imposant alors comme définitive.

Par sa richesse imaginaire et symbolique, l'atelier d'expression plastique Terre offre un espace où la matière est là, présente dans toutes ses formes et couleurs (barbotine, terre blanche, jaune). Les mains vont à la rencontre du matériau, la mémoire s'anime, la terre répond; elle s'offre au surgissement des représentations: toute esquisse, touche, formes en sursis prennent place et représentation d'une thématique existentielle - à condition de laisser un temps suffisant d'approche et de "mise en travail" spontanées.

 Annabel Romero, 2006
D'un travail à l'autre, des chemins se tracent. A terme, peut-être, ils pourront déboucher sur de véritables enjeux de plasticien.
Annabel Romero, 2006
Jacqueline Savy
Foyer Le Lauragais
31280 Mons


- Atelier maquillage de création
A partir de thèmes, proposés à la libre interprétation (en lien avec des traditions culturelles masquées /maquillées, des mouvements artistiques) le sujet est invité à réaliser, un maquillage de création sur son propre visage ; la peau, le miroir - espaces lisières, frontières - introduisent d'emblée échanges entre perceptions internes et externes. Les métamorphoses ainsi traversées : passages de la personne au personnage, du « je » au « il /elle » s'avèrent inattendues, étranges et familières. Immanquablement, l'insu affleure, se déploie en images puis en mots.

Chaque étape de la création : de la vacance féconde à l'inspiration hésitante ou fulgurante, de la réalisation avec assurance ou repentir, en rythme linéaire ou fragmenté, jusqu'au terme désiré, regretté ou accepté, chaque étape est « reflétée »par un « autre » regard qui réitère à son tour d'autres altérités....

Regards en face à face ou par miroir interposé...
Ecoute des regards directs ou obliques, alertés ou évités...
Ecoute des souffles : inspires, expires, témoins sensibles de la trace qui transfigure...
Ecoute des dos qui se courbent, attentifs, curieux, concentrés, vaincus...
Ecoute des épaules qui s'affaissent ou s'affirment...

Ecoute des doigts, des pinceaux, des éponges qui s'affairent, se colorent, s'imprègnent, estompent...

Puis écoute des mains discrètes, acharnées ou fébriles, brutales ou tendres qui malmènent ou caressent la peau au démaquillage...
Ecoute et accompagnement de ces itinéraires symboliques qui s'élaborent, se dévoilent en éloquence charnelle puis verbale.
Les traces photographiques de ces créations éphémères constituent un inventaire identitaire ; de proche en proche, le sujet peut en repérer les nouages, en démêler les énigmes.

Eliane Gilson-King
Dives sur Mer
artmiroir@orange.fr     www.art-miroir.com

- Psychothérapie par la photographie

L'idée de se servir de l'image photographique comme support d'une psychothérapie est ancienne, datant des premiers temps d'exploitation de cette image, c'est-à-dire dans les années 1850. L'Angleterre aurait précédé la France . Nous retiendrons que le but poursuivi était triple: re-narcissiser le patient, l'affronter à la réalité objective, soutenir une thérapie en cours. Mais l'esthétique n'était pas oubliée! Qu'en est-il aujourd'hui ? Évidemment, notre rapport à la photographie a changé comme, peut -être, nos conceptions de la psychothérapie elle-même, qui prendrait plus en compte l'univers du fantasme, les projections personnelles , les rapports de la personne à son passé, l'inscription dans sa filiation ...etc.

Avec l'apparition de la psychanalyse, l'essor de la sociologie mis en parallèle avec celui de la photographie documentaire , l'analogie soulignée entre le théâtre et l'espace scénique qu'offre l'image photographique, ainsi qu'avec tous les écrits philosophiques qui se sont servis de l'exemple de la photographie pour expliciter l'ambivalence que l'on peut ressentir vis-à-vis du réel, nous sommes amenés à interroger de plus en plus un médium qui déroute et fascine tout à la fois. Se servir de la photographie comme support d'une psychothérapie en cours relève donc d'une double réflexion: qu'en est-il du regard de l'autre, de ses projections visuelles, de l'analyse qu'il fait de l'espace et du temps dans lesquels il s'inscrit et, parallèlement, du rapport que l'on peut entretenir avec l'image comprise comme objet extérieur tout autant qu'intériorisable.

La photothérapie, puisqu'il faut bien l'appeler par un nom, se sert de l'image comme d'un outil permettant d'explorer l'espace psychique du sujet et comme d'un support créatif, dès lors que l'on met l'accent sur la fabrication de l'image qui donne à voir aux autres ce qui a été déjà vu antérieurement (c'est toujours du passé) et de manière très personnelle, voire affective.

L'image fait parler de ce qu'il y a de plus profond en nous et révèle nos capacités à affronter le réel. La photothérapie se situe donc au carrefour de plusieurs approches thérapeutiques: médiations par l'image, arthérapies, thérapies cognitives, soutien psychique après un deuil, renforcement de la mémoire...la pratique photothérapique est heureusement diverse .Nous pouvons fonctionner à deux ou à plusieurs avec des images fabriquées par le patient ou importées de l'extérieur; l'essentiel étant toujours d'être à l'écoute de son regard, de son appréhension de l'espace et du temps.

Dr Gilles Perriot
CHS de Sevrey
71100 Chalon sur Saône